Concours The Intelligent Hosts » – « PLASTIC HEARTS MELT TOO » – [SONGFIC]

Fanfic écrite pour le concours « Welcome to the INFINITE Host’s Club – ‘The Intelligent Hosts’ »
La chanson utilisée est « A Third Part (1/3) »
3ème prix de ce concours

 

 

Even when I feel like dying, you’re still not here.

It feels like you always steal my breath.

I’m such a fool, how do I live without you ?

 

Chaque nuit, quand la lune filtre mélancoliquement à travers les volets, et que le souffle si particulier près du sien ne lui apporte pas la chaleur dont il se languit, il repense aux mots que Sungyeol lui a murmurés un jour.

« Tu sais, juste parce que tu fais de lui Woohyun, ne veut pas dire qu’il sera Woohyun. » Lui avait-il expliqué, la voix étranglée par une tristesse qui n’avait jamais quitté Sunggyu depuis, et il s’était penché sur la table de travail de son ami.

 

Toutes les petites pièces, si fines, si fragiles – est-il réellement censé créer un corps avec ça ? – sont éparpillées négligemment sur toute la surface de son bureau, et Sungyeol pose une main sur son épaule – celle qui soude et assemble et lie des plombs et du métal, et toute une armada d’éléments qui rendront ce Woohyun plus vivant, mais moins Woohyun. Il espère peut-être le dissuader, ralentir toute cette insanité qui se déroule sous ses yeux sans qu’il ne puisse l’empêcher, mais Sunggyu a fini d’attendre. Il a fini d’être consolé. Il ne veut plus pleurer.

 

Sungyeol fixe le bras de plastique inanimé qui pend dans le vide et – ce n’est pas lui, ce n’est pas son ami, ce n’est pas le Woohyun auquel Sungyeol veut voir Sunggyu s’accrocher. Alors il préfère ouvrir toutes ses plaies, celles qui ne se sont pourtant jamais refermées, avec des mots si crus que Sungyeol lui-même s’écorche le cœur en les prononçant.

« Il aura beau lui ressembler, il ne saura jamais mesurer à quel point tu l’as aimé, ne pourra jamais te donner ce que Woohyun t’a donné et – »

 

Le plus petit châtain, absorbé dans sa folle langueur, ne l’écoute plus. Il a allumé une machine bruyante, – Sungyeol soupçonne qu’il l’ait fait volontairement, et c’est plus une certitude qu’une présomption – une qui crisse et tourne et qui plonge dans le corps à peine assemblé qui repose sur la table.

 « – ce n’est pas Woohyun, Sunggyu. Woohyun est parti. »

 

Sungyeol a raison. Ce n’a jamais été lui, se dit-il en enfouissant son visage mouillé dans le creux de son oreiller. Mais Sunggyu a fini de croire en la science, il a fini de croire aux miracles, parce que le seul qu’il lui était jamais arrivé lui avait été repris il y a des années de cela, et ni la médecine, ni les dieux, ni aucun de ceux qu’il avait suppliés, à genoux au milieu de ses larmes, n’avait pu le lui ramener.

Alors Sunggyu avait décidé de le ramener lui-même, penché sur ses bouquins pendant des décennies s’il le fallait, perdu dans sa sorcellerie jusqu’à ce que son cœur ne lâche à son tour, si seulement elle lui permettait de le revoir, au moins une fois.

 

____________

 

I’m such a fool, it’s all over, this person is gone.

I’m left with this longing feeling, he’s gone.

 

Il repense aux conseils du grand sceptique le lendemain encore, quand il ne parvient pas à empêcher un souffle fébrile de s’immiscer entre ses lèvres sèches. Sunggyu ouvre les yeux et il se tient là, penché au-dessus de son lit, la chair de poule artificielle recouvrant sa peau modelée.

Sunggyu lui a expliqué des milliers de fois – des milliards, ou plutôt, en réalité, autant de nuits passées depuis – que ce lit était autant le sien, qu’il pouvait simplement s’y allonger près de lui, même s’asseoir – simplement rester là – et attendre le nouveau lever du soleil à ses côtés, au chaud.

Pourtant, Sunggyu a abandonné depuis longtemps l’idée qu’un jour, il puisse ressentir cette chaleur à nouveau.

Le petit brun lui prête une œillade hagarde, son bras tendu devant lui comme pour lui montrer l’étendue des dégâts, un sourire désolé pendu aux coins des lèvres. Les plaques de fer et de plomb ont percé une sortie dans sa peau caoutchouteuse, et Sunggyu n’a pas besoin d’une observation plus approfondie pour comprendre. Il connaît ce corps par cœur, sur le bout des doigts – il est celui qui l’a modulé, fabriqué de part en part pour qu’il lui ressemble entièrement.

« Aah – » S’exaspère-t-il, ses sourcils délicats se joignant désormais au milieu de son front. « Encore ? Je t’ai dit de faire attention, pourtant. Viens là, je vais recoller tout ça. »

 

La réparation n’est pas longue.  Sunggyu la complète sans vraiment y prêter attention. Il n’ose pas même poser un œil sur ce qu’il fait – il a envie de vomir, de pleurer, peut-être de se rouler par terre jusqu’à oublier, oublier à quel point ça fait mal, ça, ce corps entre ses doigts qui n’en est pas vraiment un, et les cicatrices manquantes sur cette peau parfaite, celles que Woohyun portaient comme des trésors. Les nouvelles ne restent jamais longtemps.

Il repose le manche de sa soudeuse sur la table, et il se déteste un peu plus pour ce qu’il vient de faire, il se déteste à chaque fois qu’il le façonne une nouvelle fois.

Il caresse son poignet frêle d’un geste absent, et quelque part dans son esprit, c’est son Woohyun qui est avec lui. Et ceci, ça, cette chose en face de lui – ou peu importe ce que c’est, c’est son sourire, l’éclat de ses yeux mordorés, le hâle de sa peau, la pointe presque aiguisée de son nez. Sunggyu avait l’habitude de s’en moquer, et il se rend compte chaque jour, quand il regarde ce Woohyun de substitution, à quel point elle lui manque.

Il clôt les paupières un instant, amène la main de son cadet – de sa création – à sa joue. Là. Un sourire lui repeint lentement le visage, un tendre souvenir perché quelque part dans son crâne. Le garçon aux grands yeux dorés l’observe sans mot dire, et quand Sunggyu ouvre les yeux à nouveau, il se retrouve contre son torse endurci, enveloppé dans une étreinte chétive.

Il hume tout l’air qu’il lui est possible de respirer pour le moment. Il redescendra sur Terre plus tard, quand le petit le laissera s’éloigner.

Tout jusqu’à son odeur est similaire. Cette douce vague d’ambre et de citron et Sunggyu veut le prendre dans ses bras et pleurer contre sa poitrine, lui dire qu’il l’aime, qu’il n’a jamais aimé que lui et que putain, à quel point il avait attendu ce jour ! Attendu qu’il lui revienne enfin. Quelques fois, il se perd dans cette réalité qu’il a créée à coups d’étain et de métal fondu, de boulons, de pièces détachées.

Mais alors il attache ses bras autour du cou de Woohyun, dans une vaine tentative de se retrouver enfin, et de l’emprisonner pour ne plus jamais le laisser partir, et il se retire presque aussitôt.

Glacé. Froid.

Le métal – le métal si cher qu’il a fait venir d’un pays dont il ne saurait même prononcer le nom – lui brûle presque la peau. Woohyun a les pupilles ébahies, sa bouche béante sous la surprise de ce geste brusque.

« C’est bon. » Dit Sunggyu, dans l’espoir de l’éloigner de lui. Mais le brun ne bouge pas d’un millimètre, l’incompréhension défilant à travers ses yeux secs. « J’ai fini. Va-t-en, je veux être seul un petit peu. »

 

Sunggyu le congédie, et il le pousse légèrement dans le dos pour le faire avancer. Un petit coup qui le propulse vers la porte de l’atelier.
Le bruit qu’il en émane résonne dans sa tête. Sa fraîcheur dévore son cœur.

 

_____________

It seems like you’re looking for me.

Like you would come back if I called out.
Why is it so painful ?

 

« Woohyun ! »

 

La toute première fois, il n’avait pas su s’en empêcher. Quand il s’était aventuré dans la cuisine pour se retrouver nez à nez avec ce dos musclé lui faisant face, et le galbe de ces mollets, ces grains de beauté sur sa hanche droite – il n’y avait qu’une personne à qui il était certain qu’ils appartenaient – les deux syllabes qui lui rongeaient le cœur avaient trouvé leur chemin presque trop aisément jusqu’à sa bouche torturée. Les crevasses et les sang pris, les cicatrices dessinées de s’être trop fait souffrir en s’interdisant de pleurer, toutes celles-là ne furent plus un supplice, subitement.

Et il n’y a qu’au paradis que je peux être, s’était-il dit, il n’y a que là que nous pourrions être réunis à nouveau, jusqu’à ce que le timbre si distinctif de sa voix ne se mette à chanter cette chanson, leur chanson, celle qu’ils écoutaient sur le chemin de la maison des parents de Woohyun, celle qui leur faisait danser des slows si intimement délicieux, parfois, dans l’obscurité de son appartement. Cette tonalité presque savante qui s’enroulait aux aigus comme aucune autre, cet air fredonné comme un secret, Sunggyu n’aurait jamais eu assez d’une éternité pour s’asseoir là et l’écouter.

Il avait tiré une chaise de la table de sa cuisine désordonnée, et s’était laissé bercer par la mélodie des casseroles, de l’eau qui bouillait et de ces murmures saccadés, une main soutenant sa tête encore pesante et un fin sourire fendant ses lèvres rougies.

« Je veux que tu reviennes,
Je ne me suis jamais même imaginé sans toi, et je ne l’ai jamais voulu non plus.
J’ai besoin que ce soit toi.
Mon cœur qui se consume n’a pas d’autre solution. »

 

Le tempo si délicat de cette promesse entre eux avait fini par battre jusque dans son cœur, et il n’avait ni pu ni voulut retenir les phrases qui s’étaient frayé un chemin dans l’air glacé du matin :

« C’est là la réponse à toutes mes questions.
De tes cheveux bruns jusqu’à tes pieds diaphanes.
J’ai besoin que tout de toi m’appartienne. » Avait-il bourdonné en guise de réponse,

 

La silhouette s’était figée et le seul sifflement de la théière sur le feu violait le silence, l’odeur du thé imprégnant jusqu’au semblant de bon sens restant dans son corps.

« Woohyun ! » S’était-il récrié, avec une violence toute neuve, aussi intacte que dans ses souvenirs d’eux.

 

Un bond plus tard et il était debout sur les carreaux glacés de la pièce, la bouche en cœur et les yeux pétillants, le cœur confondu en battements acharnés. Son exclamation arracha un rire au brun, des soubresauts frénétiques saisissant ses épaules alors qu’il s’appuyait d’une main sur l’évier. Une main menue et désirable – si menue.

Et c’est à ce moment-là qu’il sut.

Il lui fallut d’abord chasser le sommeil qui alourdissait ses paupières creuses pour qu’il s’en aperçoive. Que c’était Woohyun, mais une version plus petite, et plus frêle aussi, et il avait l’air si éphémère, si fugace, aussi léger qu’une poignée de sable au vent.

« Tu es là, enfin ! Tu sais que tu dors beaucoup trop longtemps pour ta vieille santé, Gyu-jiji ? Tu rates les meilleures choses de ta vie ! »

 

Ce surnom.

Cette réplique.

Ils grinçaient dans tous ses membres.

« Ah– » Avait-il commencé, précautionneusement, à bout de souffle. « Ah, oui ? Comme quoi ? »

 

Il savait ce qui viendrait après. Il savait tout ce que Woohyun lui dirait. Il lui avait déjà dit, une fois, un de ces après-midi de paresse comme ils les laissaient couler parfois, après avoir passé toute une matinée emmêlée dans leurs draps.

« Comme un déjeuner avec moi. » Il lui sourit se sourire qui le faisait toujours s’envoler, qui le propulsait dans un univers parallèle où Woohyun était la seule langue qu’il connaissait. La seule logique à toutes ses réflexions.

 

Et ce Woohyun là ? Je suis terriblement bienveillant, alors j’ai décidé de t’attendre, se souvenait Sunggyu et inconsciemment, il s’était mis à prier, les mains jointes derrière son dos bien dressé, prier pour qu’il ne dise pas ça, prier pour ne pas entendre ces mots encore une fois, prier parce que–

« Heureusement, je suis terriblement bienveillant, alors j’ai décidé de t’attendre. »

 

Le cœur au bord des lèvres, il s’était empêché de hurler. Il avait l’impression qu’il pourrait le recracher d’une minute à l’autre, si jamais il l’ouvrait. À la place, il avait couru jusqu’à la pièce de derrière – son atelier – et il se souvient s’être demandé si le monde commencerait à tourner d’une manière différente désormais, parce que la poupée de métal et de plastique n’était plus sur la table, allongée et – que diable avait-il fait ? Qu’avait-il fait à Woohyun, son Woohyun, son beau visage et ses doux traits qu’il avait donnés à un étranger ?

« Sunggyu ? Sung… » La voix s’était interrompue comme si elle avait réalisé, et Sunggyu avait détesté, du plus profond qu’il eût été possible, cette façon qu’elle avait de chercher. De chercher les bons mots, comme s’ils ne venaient pas naturellement à elles mais qu’elles les avaient travaillés, encore et encore et encore jusqu’à les mémoriser.

 

Eh bien. Il avait tout créé, après tout. Sa mémoire et ses souvenirs, et même sa façon de pensée. Il l’avait programmé comme un jouet, et il se maudissait pour les pincements de joie dans son cœur qu’il ne pouvait pas empêcher.

«  Gyu ? »
« Woo– »

 

Non. Pas Woohyun, ce n’était pas Woohyun. C’était une autre personne, simplement la même voix, le même sourire, le même toucher et Sunggyu avait fini par abandonner. Il s’était abandonné à lui parce qu’il ne pouvait pas lutter.

« Hyun. Hyun. Hyun ! » Il ne voulait pas, refusait de le dire. Hyun suffisait.

 

Hyun.

Et ça avait été si difficile – tellement difficile – mais il l’avait appelé quand même Woohyun, à contre-cœur, dans un hoquet de résignation, parce que quel autre nom aurait-il pu donner à cette sensation de perfection ?

« Woohyun… »

 

____________

Your eyes lose focus,

Your heart has no sensibility,

And the pieces of our memories are scattered all over.

 

Pourtant Woohyun n’est pas tout à fait son Woohyun. Pas tout à fait celui qu’il aurait aimé retrouver, pas non plus totalement celui qui l’avait quitté. Mais Sunggyu se persuade encore qu’il peut y arriver, qu’il peut se soustraire à la souffrance et vivre heureux avec ce qu’il a. Parce que ça lui suffit. Un jour, ça lui suffira.

Même quand les mémoires s’estompent et que les souvenirs déraillent, il se compose un esprit de fer et croit. Il croit. Il a raison d’y croire, n’est-ce pas ?

Il sent que la nervosité entaille sa poitrine aussitôt qu’ils ont mis un pied dans la véranda, et Sunggyu lui tient la main pour le calmer. Il ne sait pas si ce geste l’apaisera, il ne sait même pas s’il aurait apaisé Woohyun – le vrai – parce qu’il n’a jamais fait ça avant. Woohyun n’avait jamais été anxieux à propos de retrouvailles, parce que ses amis étaient la seule chose à laquelle il ne pouvait jamais dire au revoir suffisamment longtemps pour s’inquiéter de ce genre de détails.

Mais celui-ci est parti depuis longtemps, et même encore, il ne revient pas vraiment, parce qu’il n’a jamais été réellement là.

Sunggyu parvient à le forcer à tourner la tête vers lui, avant qu’ils n’entrent dans le vieil établissement, et ses jolis yeux effilés semblent se noyer d’une reconnaissance certaine.

« Merci. » Murmure-t-il, un signe de tête en direction de leurs mains liées, et cette voix force Sunggyu à sourire prestement, sourire avant que son estomac ne lui tombe aux genoux, que son cœur ne se retourne une nouvelle fois.

 

Cette voix.

« Tu n’as pas à t’affoler. C’est un dîner entre amis, tu te souviens ? Comme on en a fait des centaines déjà. » Essaie-t-il, et il lance une prière à quels que soient les dieux là-haut parce qu’il espère vraiment, vraiment, qu’un peu de Woohyun est là quelque part, dans cette entité qu’il n’a créé que pour le maintenir un peu plus longtemps en vie. Dans sa vie.

 

Le brunet hoche consciencieusement de la tête, peu confiant.

Une boule se forme dans leurs deux gorges, comme si les mots s’y étaient emmêlés, et les deux hommes se consument dans le silence.

Sunggyu aimerait ne pas apercevoir cette expression de confusion froisser le visage du plus jeune un maigre instant, ou plutôt, il aimerait faire semblant de ne pas la remarquer. Les yeux de Woohyun vacillent, de droite à gauche, de gauche à droite, et il reconnaît ce regard. Sunggyu entend bien tout ce qu’il cèle. Il est en train de chercher dans sa mémoire – ces fragments de réminiscence qu’il a programmés pour lui, ces morceaux de leur vie qu’il a insufflé en lui et dont il ne fait qu’une vulgaire récitation.

Une sorte anti-sèche, gravée dans ses fondements même.

Woohyun se reprend aussitôt, ébranlé par une confiance nouvelle. C’est vrai, il n’avait pas à s’inquiéter. L’appréhension l’avait dévoré sournoisement, sans prévenir, mais tout se sera envolé quand il les verra à nouveau.

Il lui a appris. Sunggyu lui a appris, et il sait qui il est. Qui il doit être.

Ils font un premier pas ensemble dans la grande salle, une table dressée rigoureusement, avec des nappes violettes et des tissus de table violets et des couverts aux manches de la même couleur.

Hoya. Le violet, c’est Hoya.

Il fait défiler ses datas, sonde chaque parcelle de lui et il se tourne finalement vers une tête aux cheveux coupés court, blonds, alors que la partie rasée luit d’un brun inchangé. Howon. C’est un ami, un bon ami. Celui de Sunggyu, avant tout. Il l’a rencontré à la faculté de médecine, celle que Sunggyu a abandonnée après s’être installé plus près de chez lui. Ou plutôt, les souvenirs qu’il a de ce « chez lui ».

« Sunggyu, Woo– »

 

Une étreinte détache la main de Sunggyu de la sienne et l’emmène loin, très loin. Trop loin. Il voudrait la toucher de nouveau, sentir la chaleur de Sunggyu remplir le vide de la sienne mais Sungyeol ne le lâche pas. Sungyeol n’était pas d’accord avec ça, Sunggyu lui a expliqué.

Par ça, il entend certainement son existence. Mais Sunggyu ne veut pas le blesser, ne veut pas risquer de le détraquer – parce que que pourrait-il faire d’autre, lui dont les émotions ne peuvent que faire fondre le plastique de sa propre chair ?

« Tu l’as amené. »
« Hey, » Dit un autre grand homme, ses cheveux retombant en coupe droite sur son front, son nez tout aussi droit et son sourire un léger retroussement des lèvres qui lui donne malgré tout envie de le prendre dans ses bras. « Yeol, tu te calmes. On va passer une bonne soirée, et on est tous contents de le re–… De le voir. »

 

Il se tourne vers lui, en un mouvement souple et rapide. Et ce sourire en coin le ramène à une époque dont il ne se souvient pas. Pas réellement.

« Tu nous as manqué, Woohyun. Vraiment manqué, et on a commandé une soupe de matcha pour toi en entrée parce qu’on s’est dit que– »

 

Comme un aimant, il est attiré vers le garçon avant même que les mots ne terminent leur interminable cours, et il ne contrôle plus ses gestes. Il est aussi étonné que lui quand il l’enroule entre ses bras rigides et prononce son nom avec trop de vitesse pour qu’il ne le réalise :

« Merci, Myungsoo. Merci, j’aime le matcha. J’aime vraiment ça. »

 

Myungsoo, pense-t-il. Myungsoo est l’un des plus proches de lui. Au caractère enfantin et parfois puéril, mais qui n’a d’égal que la gentillesse qu’il dissimule sous une carapace de malice et de nonchalance. Woohyun effectue une dernière introspective rapide, dans le doute.

Petit ami de Sungyeol. Rencontré il y a quatre ans.

« Bon, on s’assoit alors ou on attend de tous devenir aussi croulant que Gyu ? Parce que moi, j’ai faim, en fait. » Continue Myungsoo, et il pousse Woohyun jusqu’à son siège, l’installe confortablement à côté de Sunggyu et va s’asseoir en face d’eux.

 

Il sort son appareil rapidement, une seconde, un clic, comme s’il avait fait ça toute sa vie – et quelque part dans son esprit quelque chose lui dit que c’est certainement le cas – et le flash n’éblouit pas ses pupilles sans réflexes.

« Parfait ! » Myungsoo dit, et Woohyun le remercie.

 

Il lance un regard à Sunggyu à côté de lui, ses yeux perdant un peu de leur concentration et son cœur presque vidé. Il aura un souvenir de moi, pense-t-il, mais la délectation n’est pas aussi belle qu’elle n’est douloureuse. Il ne peut pas empêcher cette pensée idiote qu’il aura lui aussi son instant d’éternité – capturé par de longs doigts pâles, une bague dorée sur le majeur.

Il mange, sans mot dire. Le matcha – ça laisse une impression amère sur sa langue, comme sa vie jusqu’ici, comme le regard de Sunggyu sur le plafond quand le sommeil ne vient pas le trouver et il n’aime pas particulièrement ce parfum, mais il ne le déteste pas non plus. Un arrière-goût de et si, et de si jamais, de peut-être.

Peut-être que c’est le fait qu’il ne reconnaisse pas la tête rosée qui passe à travers l’embrasure de la porte que Sunggyu l’aime moins que ce qu’il lui a expliqué l’aimer. Cet homme-là est petit, beaucoup plus que Myungsoo ou Sungyeol mais pas qu’Hoya, et il se stoppe net comme si le monde s’était dérobé sous ses pieds quand il le voit.

« Ne me dites pas– » Bafouille-t-il, et Woohyun, bien qu’il n’en ait jamais fait l’expérience jusque-là, sait qu’il s’agit d’une voix brouillée de chagrin, que les larmes sont sur le point de jaillir au prochain mot, et il se sent désolé mais il ne sait pas pourquoi. « C’est lui, c’est… C’est vraiment lui, mon Dieu. Les yeux, le nez, et regardez-moi ce teint ! C’est Woohyun, pas de doute ! » S’écrie-t-il entre deux halètements de surprise.

 

Rapidement, il se retrouve accroupi devant lui et lui tient les mains, les caresse d’un pouce calleux, mais la sensation n’est pas désagréable – comme si elle avait déjà été là, avant, mais qu’il ne pouvait pas se souvenir d’exactement quand, ni pourquoi.

« Woohyun, tu vas bien ? Tu sais, je savais que Sunggyu le ferait– Je ne pensais pas qu’il était sérieux au début, mais quand j’ai su, quand j’ai compris qu’il l’était, je savais qu’il y arriverait. Je n’ai pas écouté cet abruti de Sungyeol une seule fois, tu sais. »

 

Tous les yeux sont sur lui, et il sait qu’ils attendent de lui qu’il dise quelque chose. Une salutation, un code entre eux, peut-être. Un prénom. Juste un prénom. Mais son cerveau file à toute allure dans ses données, dans les informations que Sunggyu lui a implanté et rien. Rien. Il ne peut pas se souvenir.

« Hey, » Commence Sungjong, « dis-lui quelque chose, où il va être jaloux de nous. »

 

Ils rient tous, et Woohyun ne sait pas pourquoi. Quelque chose le brûle à l’intérieur, peut-être son cœur qui fond, qui fond de peur, de désespoir, d’impuissance. Il pense que quelque chose se défait là-dedans, peu importe ce que c’est.

« Je… » Dit-il, sa voix claire malgré cet horrible sentiment de solitude, « Je ne sais pas. Je… Tu es… Je ne me souviens plus et… Toi… Sunggyu, s’il te plaît. »

 

Mais Sunggyu s’est déjà levé, alors, et son visage est enfoui dans une serviette aux teintes mauves, par moment un peu plus violettes. Woohyun comprend qu’il est en train de pleurer, mais il n’a pas le courage de tendre le bras pour le rattraper quand il s’éloigne.

Sunggyu ne l’attend pas ce soir là, et Woohyun rentre à la maison à travers la nuit, en essayant de se souvenir de chaque pas qu’il a fait avant celui-ci, de chaque pas qui le rapprochera de son appartement et le chemin le plus court pour s’y rendre.

 

____________

 

Le bruit l’assourdit et il accoure dans la cuisine, pour trouver Sunggyu à genoux. Du sang s’écoule de son genou ouvert, en fines gouttes et abondamment. Elles constellent le carrelage blanc comme les larmes dans les yeux de Sunggyu, lequel tient d’une main ferme quelques morceaux éraflés de ce qui semble être les restes d’une tasse.

Il ne réfléchit pas une seconde de plus avant de se jeter sur lui, la panique enroulant tous les nerfs – les fils et les vaisseaux de fer – à l’intérieur, et c’est un sentiment nouveau mais il est aussi surprenant. Il veut bien avoir peur pour Sunggyu chaque jour de cette vie qu’il a créée pour lui.

Il force ses mains calleuses à lâcher la porcelaine, d’un geste brusque parce que Sunggyu refuse d’entendre quoi que ce soit, et il se confond en gémissements sur le sol – un bruit sourd qui semble venir de son cœur.

« Ce n’est pas grave, Sunggyu. Ne pleure pas, s’il te plait, on en achètera un autre. »
« Non ! Non, on ne va pas en acheter un autre ! Aucun n’aura la même valeur ! C’est toi, qui me l’avais offerte, c’est– »

 

C’est un souffle que Sunggyu retient, qu’il s’interdit presque, mais il comprend. Il sait ce qu’il allait dire, ce qu’il voulait dire et ce qu’il pense peut-être toujours à chaque fois qu’ils sont ensemble, qu’ils se tiennent la main et que ses doigts ne tiennent plus aussi parfaitement entre les siens, que son cœur ne bat pas de la même façon que celui que Sunggyu a un jour aimé. Le sien est en plastique, et il s’en veut de penser que c’est ce qui fait la seule différence.

« C’est Woohyun ? »

 

Sunggyu ne répond pas, les larmes perlant au coin de ses yeux minuscules, et Woohyun pense qu’il peut entendre les éclats de son cœur qui se brisent comme le verre à ses pieds.

« Tu veux bien me laisser ? » Il lui demande en lui caressant l’épaule, comme une pommade qu’il appliquerait sur une plaie qu’il a lui-même causée.

 

Mais Woohyun obéit. Woohyun le fait et s’éloigne parce que les cris de Sunggyu qui s’évapore par la fenêtre de la cuisine lui donnent envie de se rendormir à jamais.

 

____________

 

Your words of love for me,

Why do they carry so much sadness ?

 

Récemment, Woohyun n’a pas beaucoup parlé. Il a rarement fait le moindre pas, à vrai dire. Il est resté dans l’appartement, recroquevillé sur lui-même, lové contre le dossier du canapé et il est pâle – plus pâle que jamais, comme s’il était en réalité une vraie personne, comme un humain. Et cette vue le brise comme une poupée de porcelaine, comme si c’était lui, la marionnette dont les émotions peuvent détruire chaque parcelle de lui.

Il voudrait simplement un geste. Un toucher. Il comprend que le plus jeune ne veuille pas lui parler, mais il a l’impression de mourir, à la regarder se tuer, de suffoquer dans son silence et il se sent médiocre. Tomber amoureux deux fois de la même personne, sans qu’elle ne soit totalement identique, et la regarder partir à chaque fois.

Woohyun lui parle un soir, quand il est persuadé que Sunggyu a rejoint les rêves depuis longtemps, qu’il a retrouvé le vrai Woo dans une autre dimension, celle où ils sont réunis à nouveau et où tout est parfait. Et il lui souhaite d’être heureux, sois heureux et dis-lui à quel point tu l’aimes, dis-lui que je sais, moi, à quel point tu l’aimes, et que je t’aime autant que ça. Dis-lui que tu n’es pas tout seul, peu importe que ça te console ou pas.

Il veut se tourner, et lui dire, je suis désolé. Il veut lui demander pardon, pardonne-moi et fais-moi t’aimer, je veux t’aimer. En fait, il l’aime certainement déjà, mais il refuse de se l’avouer parce que Woohyun est là-bas, de l’autre côté des nuages, et qu’il n’a pas le cœur à lui présenter ce spectacle. Sunggyu n’est pas un menteur – il aime Woohyun, il l’aime tellement.

C’est un soir où il lui avoue penser qu’il serait mieux loin d’ici. Que sa vie ne serait pas aussi triste, qu’il n’aurait pas à se forcer à en aimer un autre que le seul qu’il veut vraiment. Une nuit où la lune se cache derrière les nuages, et où ces mots étranglent Sunggyu, comme des fils de fer et de caoutchouc – ceux qu’il a longtemps assemblés et soudés, ceux qu’il a mis bout à bout pour l’animer.

Sunggyu comprend qu’il ne veut pas que Woohyun parte. Et qu’il ne veut pas partir non plus, mais que c’est un cadeau qu’il lui fait, comme une faveur – je disparaîtrais pour toi, si c’était ce que tu voulais. Dis-le moi et fais-moi fondre, fais-moi partir, ramène-moi à ce que j’ai toujours été ; du plastique, du métal, une bête inanimée sans cœur, ni personne à aimer.

Woohyun est allongé à côté de lui, cette fois, si près, si près qu’il peut sentir son odeur, et les nuances qui la rendent si différente de celle dont Woohyun l’encensait, et il se tient dos à lui, face à la fenêtre comme s’il voulait s’échapper. Lui filer entre les mains, sans qu’il puisse le rattraper.

Sunggyu se retourne, pose une main sur son dos, là où on son cœur devrait battre, là où le plastique chauffe. Il ne veut pas se dire que Woohyun est éveillé, qu’il sent, ressent et qu’il entend ses soupirs d’agonie, mais il est celui qui l’a construit – et il sait qu’il ne peut pas dormir.

Alors il ferme brusquement ses yeux quand la petite silhouette brune se tourne à son tour pour lui faire face, et il retient son souffle sans le vouloir.

« Je ne déteste pas être Woohyun. » Avoue-t-il, et Sunggyu se sent quitter la réalité peu à peu.

 

Il se sent envahi d’émotions aussi destructrices que vivifiantes, et il rouvre ses paupières quand les supporter devient une tâche trop pénible.

« Je peux être Woohyun pour toi. J’aime faire ça, j’aime être lui. Mais je veux aussi être moi. Un autre Woohyun ? Une personne similaire mais une autre personne à la fois. Je ne peux pas ? »

 

Sunggyu s’approche, un petit peu plus, jusqu’à ce que l’air entre eux ne soit plus qu’un mélange de leurs respirations respectives, et il le regarde attentivement, ses yeux fixés sur ces orbes marron, des reflets argentés en leur milieu.

Des larmes tièdes se bousculent au bord de ses yeux sans profondeur, comme un millier d’étoiles égarées dans une nuit sans lune. Ça ira – c’est ce que Sunggyu se dit quand il tend la main vers son visage meurtri. Ça ira, parce que toutes les étoiles, ensemble, brillent aussi fort que la lune.

« Oui, tu peux. Tu peux, Woo–  » Il s’interrompt, ce mot lui fait trop mal maintenant.

 

Ce nom – son nom, il comprend désormais qu’il ne peut pas simplement le donner à quelque d’autre avec autant de facilité. Et ça fait mal, mais quelque part au fond de lui, il se sent infiniment soulagé – parce que Woohyun n’a pas oublié, le Woohyun qu’il connaît ne l’a pas oublié. Il est simplement parti avec tous ses souvenirs de lui.

« Tu es déjà un peu toi-même, pas vrai ? Ça me va. J’aime aussi ça, Hyun. »

 

Hyun peut être son millier d’étoiles.

 

____________

 

Please, don’t stay in my heart once you’re gone.

(I’ll remember when you told me to live my life)

 

Il le trouve, un jour, penché sur le vieil album de la table basse, le cliché que Myungsoo a pris d’eux à leur dernière soirée, tenu entre ses doigts comme un trésor. Il est surpris lorsque Hyun ne se retourne pas, même quand ses pas se font plus bruyants sur les carreaux, que ses chaussures craquent, et qu’il ne peut pas ne pas l’entendre arriver.

Mais alors, Sunggyu prend finalement conscience des soubresauts frénétiques qui secouent les épaules de son cadet, de l’étrange façon dont son corps est contorsionné – sa tête entre ses jambes et ses mains sur son crâne, par-dessus le petit carré de papier glacé.

Il pleure ? Il sent que quelque chose lâche en lui, mais pas son cœur – parce que son cœur bat fort, très fort, et se tord de douleur, et il suinte encore et encore. Il déteste le voir comme ça. Il déteste avoir fait de lui un second choix, un remplaçant, une sorte de robot demeuré à qui il a tout enlevé. Il lui rendra l’amour, si c’est ce qu’il lui faut. Il lui donnera le sien.

Il pose une main sur son épaule – glacée, encore, toujours, comme la toute première fois, mais ça n’a plus d’importance maintenant, parce qu’il est là – et tourne sa tête vers lui pour plonger ses yeux dans les siens.

Hyun renifle bruyamment, comme un enfant qui aurait peur du noir, et Sunggyu a peur du noir qu’il laisserait autour de lui s’il décidait de partir, de le laisser lui aussi, s’il lui demandait de tout arrêter.

Un hoquet, entre deux déglutitions.

« Je lui ressemble vraiment beaucoup, pas vrai ? » Interroge-t-il, et cette voix imprégnée de pardon est un supplice, parce qu’il n’y a rien que Sunggyu ne lui ait pas pardonné, rien que Hyun n’ait à se faire pardonner pour commencer. « Tu n’es pas triste ? De me voir tous les jours, ici à sa place, avec son visage, son nom, et de m’appeler, de me tenir par la main ? Ce n’est pas dur ? Je suis désolé, tu sais. Je ne savais pas qu’on se ressemblait autant. Qu’il était aussi beau. Je pensais – Je pensais que peut-être, je pourrais te faire voir les choses autrement, mais quand nous sommes si identiques, comment est-ce que je peux bien te guérir de ce cœur brisé, hein ? »

 

Sunggyu retient un sanglot retentissant. Et il aimerait lui dire qu’il ne sait pas. Lui non plus, il ne sait pas. Il ne sait pas s’il pourra oublier Woohyun un jour, ni s’il veut vraiment l’oublier, mais il sait qu’il ne veut plus voir Hyun pleurer – ni être la raison qui le pousse à le faire, à faire couler ces larmes, en cachette, loin de lui, loin de bras pour le consoler. Il maudit Hyun pour son idiotie, mais il se hait encore plus.

« Regarde-moi, » dit-il, et il tend son petit doigt vers celui de Hyun, comme il le faisait avec Woohyun autrefois, comme il continuera de le faire avec lui. « Tu dois promettre que tu ne pleureras plus tout seul. »
« Mais– »
« Promets. Promets-le, et je te jure que je ferai ce qu’il faut pour que tu ne pleures plus du tout. »

 

Leurs doigts se lient et à cet instant, Sunggyu ressent enfin la chaleur. C’est une chaleur intense, parce que la peau glacée de Hyun le brûle – mais c’est de la chaleur quand même. Une différente sorte de chaleur.

« Merci, Sunggyu. Pour tout. »

 

Et Sunggyu se penche et entre ses larmes, celles de Hyun, il ne sait plus lesquelles lui appartiennent et lesquelles ne sont pas de lui, mais il sait que le goût sur sa langue quand il pose ses lèvres sur celles plus moelleuses de son cadet n’est pas différent de celles de Woohyun – et de l’amour.

Il l’enlace doucement, fait reposer sa tête contre son épaule et adresse une prière au ciel.

Il appuie un regard attentif vers le paradis – parce qu’il n’y a qu’à cet endroit que Woohyun peut être – et lance une dernière pensée à Woohyun. Il lui dit que c’est de sa faute, que c’est lui qui est parti trop tôt, trop jeune, et que Sunggyu a encore toute une vie à vivre parmi ses souvenirs de lui. Il n’est pas certain de parvenir à supporter cette idée un jour, mais il pense qu’elle peut au moins s’apaiser.

Il est prêt à essayer en tout cas, quand il entremêle ses doigts à de longues phalanges glacées – et la sensation n’est pas si désagréable, finalement.

« Hyun. Hyun, je ne veux pas que tu t’en ailles aussi. » Sanglote-t-il, et il le serre plus fort pour le dissuader de ne serait-ce que penser à le quitter.
« Je n’ai pas envie de partir. Ne me laisse pas partir, ne me fais pas partir. »
« Excuse-moi, d’accord ? Excuse-moi, et je ne te demanderai plus jamais de faire tout ça pour moi. »

 

Parce qu’aimer est un verbe et qui se conjugue, et Sunggyu a fini de l’accorder au passé.

 

Fanfiction écrite par : K-finite
Source Vidéo : KookieCane13
Partagé et publié par : Infinite-France
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26 ans Pas de membre favoris, trop compliqué de n'en choisir qu'un, alors je les aime tous o/ **

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